dimanche 14 avril 2019

Alors comme ça les femmes malgaches militent pour s’habiller comme des putes ?!


Tout a commencé avec un post du Ministère de l’éducation, peut-être bourré de bonnes intentions, mais extrêmement maladroit.


Traduction : « Des vêtements sobres et pudiques de la part des filles aident les garçons à refréner leurs pulsions. Il appartient aux parents d’éduquer et d’apprendre aux jeunes filles à s’habiller décemment. »

Quel est le problème ?


Ce que beaucoup semblent occulter, c'est que le problème n'est pas seulement une histoire de quelques centimètres de plus ou de moins sur une jupe. Le problème est que cette publication véhicule un préjugé encore très répandu sur le harcèlement et le viol, celui consistant à penser que les articles vestimentaires de la victime sont une cause de l’acte en question. Un discours culpabilisant les femmes en leur disant que si une personne s’est permis un geste déplacé à leur encontre, c’est à cause de leur manière de s’habiller. Pourtant, de nombreuses études (dont celle-ci et celle-là, sans parler de cette expo) ont été faites à ce sujet et montrent clairement qu’il n’y a absolument aucun lien entre les vêtements et l’acte du viol.

« Bien que cette croyance soit largement répandue, en aucun cas une victime n’est responsable de l’agression. Peu importe son habillement, sa consommation de drogue ou d’alcool, son comportement, son attitude ou le lieu où elle se trouve, une personne a toujours le droit de ne pas consentir à une activité sexuelle. C’est uniquement la personne qui ne respecte pas ce non-consentement qui est coupable et responsable, soit l’agresseur » - CPIVAS

Ainsi, l’auteur de la publication aurait mieux fait se renseigner avant de taper joyeusement sur son clavier pour prodiguer sa « sagesse » aux filles et femmes malgaches en leur conseillant de ne pas tenter ces pauvres messieurs qui sont guidés par leurs pulsions, pauvres d’eux…

Des réactions…Partagées


Bien entendu, les réactions ne se sont pas fait attendre sur Facebook et ce, malgré la promptitude du ministère à supprimer le post ainsi, que le communiqué de presse qui  été publié en guise d’excuses. Féministe que je suis, mon fil d’actualité a surtout été dominé par les réactions outrées (semblables aux miennes) provenant d’hommes et de femmes qui se sont insurgés qu’en 2019, on se permette encore de penser ainsi. Mais comme j’étais tout à fait consciente que cela était vraiment trop beau, j’ai décidé de faire des recherches plus poussées et….

BOOM….

Elles étaient là…Les réactions du type :

« Porter des vêtements vulgaires, c’est contraire au soatoavina malagasy, il était temps qu’on ose élever la voix ! »

« Si tu ne veux te faire embêter ne provoque pas les hommes, si tu portes une mini-jupe attends toi à ce qu’on te mette la main au cul, c’est comme çà »
Et la meilleure de toutes :

« Alors comme ça, les femmes malgaches militent pour s’habiller comme des putes ? Bienvenue en 2019 ! »

Seriously ?

A la base, je ne voulais pas écrire un article sur ce sujet, puisque les débats avaient été assez houleux comme cela et le tour des arguments semblaient avoir été fait. Mais comme la polémique poursuit son bonhomme de chemin, j’ai décidé d’ouvrir ma grande gueule et puis c’est mon blog, j’fais c’que j’veux.

Il est affligeant de voir que certaines personnes se contentent toujours de tout voir au premier degré. Donc, quand les femmes disent qu’elles droit de s’habiller comme elles le veulent, cela veut dire de facto qu’elles vont se balader à moitié nues dans la rue ?

C’est le genre de raisonnement simpliste qui fait que nous avons encore un très looong chemin à faire avant que le pays ne connaisse un réel développement. Alors mettons les points sur les i :

NON… nous ne voulons pas nous battre pour la « nudité »

NON notre but suprême n’est PAS de porter une mini-jupe (pitié, regardez plus loin que le bout de votre nez si pudique !)

Nous voulons avoir le droit de porter ce que l’on veut sans que les hommes pensent avoir le droit de nous toucher, de nous faire des remarques salaces, de profiter de corps qu’ils pensent qu’on leur « offre ».

Nous nous habillons premièrement pour nous-mêmes, nous sommes dotés d’un cerveau : nous savons quoi porter et pour quelles circonstances, merci. Oui, rassurez-vous, nous savons que nous avons des pères, des cousins, des frères, et je ne sais quoi d’autre… Tout cela ne nous empêche pas d’avoir des goûts personnels en matière d’habillement.

#Majupe_Mondroit, c’est surtout un combat pour permettre à tous de comprendre que le seule coupable du viol, c’est le violeur.

Filles ou garçons, chacun doit être éduqué dans le respect de l’autre (que cet autre soit habillé en mini-short ou en jupe maxi).

Pour ce que j’en dis, apprenez à vos filles à agir librement et avec sagesse… Apprenez à vos garçons que tout le monde à droit au respect, quelque soit son style vestimentaire.

PELA



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